Voici le commentaire écrit par Paul suite à un de mes posts sur le budget dans le couple publié sur les réseaux sociaux :

BIEN. ALORS.
J’ai pris une grande inspiration, noué mes cheveux en chignon, chaussé mes lunettes, et saisi ma baguette pour tout bien expliquer à Paul sur le tableau.
Paul est un homme, et comme tous les hommes, il croit qu’il peut faire atterrir un avion, enfin je veux dire, qu’il connaît tout sur le budget.
Paul est tombé dans un piège dans lequel de nombreuses femmes tombent aussi et qu’on va décrypter aujourd’hui : l’effet d’entraînement.
L’effet d’entraînement, c’est le piège de « nous on est un couple moderne, on partage les charges au prorata des ressources de chacun et chacune. »
Ce qui est une bonne idée sur le papier, mais qui n’est en fait pas juste dans les faits, et l’est de moins en moins plus l’écart entre les 2 revenus est grand.
CHER PAUL,
Imagine que tu gagnes 1400€/mois et ta femme 2800€, pour simplifier les calculs.
(Je prends ce cas de figure pour que Paul, en tant que victime du phénomène, s’identifie mieux, mais personne n’est dupe ici : dans un couple hétérosexuel, plus des ¾ du temps, c’est la femme qui gagne moins.)
Je ne vais même pas corser la situation en imaginant qu’il y a un crédit immo à 50/50 dans l’histoire et que le prorata ne s’applique que sur les autres charges (c’est ce que j’ai vécu et qui fait que je n’ai pas pu mettre un rond de côté pendant 12 ans dans mon ancien couple, combiné au fameux effet d’entraînement).
On imagine, donc, que dans ce couple, le loyer + les charges (énergie, 2 voitures, etc…) + la nourriture et les autres frais s’élèvent à 2800€.
Paul va verser 933€ et sa femme va verser 1867€.
➡ Mon Polo, après ça il te restera donc chaque mois 467€ sur ton compte, et il restera 933€ à ta femme.
Déjà, il se peut que comme, « en tant que couple », comme vous en avez les moyens, vous avez opté pour un logement à 1000€ de loyer au lieu de 800€.
Ces 200€ de différence te coûtent environ 70€/mois ce qui est assez lourd sur ton petit salaire.
Mais il se peut aussi que « en tant que couple », vous estimiez que vous pouvez vous octroyer des petits plaisirs que vous payez au prorata aussi, comme un restaurant par mois.
Des sorties qui, même si tu n’en payes qu’1/3, pèsent sur ton budget.
Il se peut que, comme ta femme t’offre de beaux cadeaux à ton anniversaire, tu ne veuilles pas être en reste, et que tu lui offres des cadeaux à valeur équivalente au sien.
Et le coup de grâce, imagine, cher Paul, que ta femme ait une certaine exigence en matière de vacances.
Et elle trouve ça normal, d’ailleurs, car elle travaille dur, elle le mérite, et en plus elle en paye les 2/3, donc où est le problème ?
➡ Le problème, mon Popol, c’est que tu vas vite te rendre compte que le mobile-home à Mimizan tous les ans en plein mois d’août à 2500€ l’emplacement + minimum 500€ de trajet, ça fait 1000€ de ta poche, et ça s’approche dangereusement d’un mois de salaire pour toi (et je ne parle même pas des sorties sur place).
Avec ses 900€ de reste à vivre par mois, ta femme va économiser même pas 3 mois pour payer sa part des vacances. Et elle aura encore de quoi épargner un peu, dépenser pour son plaisir et faire face aux aléas.
Mais toi, mon Polo, toi, tu vas tirer la langue, te priver de tout et mettre 0€ de côté pendant 6 mois pour réussir à payer ta part, même si ta part est 2 fois moins élevée.
Parce qu’en vrai, si tu vivais avec quelqu’un qui gagnait comme toi, vous iriez sûrement pas à Mimizan au mois d’août.
Attention Paul, concentre-toi, je vais résumer l’idée en une phrase =
Le niveau de vie du couple est tiré vers le haut par celui qui a les revenus les plus élevés.
Celui (celle) qui a les plus bas revenus n’ose pas se plaindre, parce qu’après tout, sans sa douce moitié, point de vacances à Mimizan.
Mais plus les années passent, plus celui qui a les plus hauts revenus s’enrichit, peut mettre de l’argent de côté, se constituer une épargne, etc…
Et plus celui (celle) qui a les plus bas revenus passe juste sa vie à tenter de tenir le standing, mettant tout son argent disponible dans les dépenses du couple, sans jamais pouvoir constituer une épargne personnelle ni même s’octroyer des plaisirs personnels.
C’est ça, l’effet d’entraînement.
Je l’ai vécu.
La gestion « au prorata » dans le couple ne peut fonctionner que si l’écart n’est pas si élevé, si le niveau de vie s’accorde à celui (celle) qui a les revenus les plus bas, et si ce dernier (cette dernière) peut constituer une épargne personnelle et n’est pas obligée de toujours mettre jusqu’à sa dernière chemise dans les dépenses de couple pendant que l’autre peut économiser uniquement pour lui-même.
➡ Ce n’est pas le tout de calculer des proratas au centime près pour que ce soit juste.
Il faut aussi prendre en compte le poids des décisions sur le budget de chacun.
Donc non, Paul, le niveau de vie n’augmente pas pour tout le monde quand on est en couple.
Parfois c’est le contraire.
Si tu veux je t’envoie les dizaines de femmes qui m’ont témoigné d’à quel point elles s’en sortent mieux financièrement après leur séparation que quand elles étaient en couple, exactement pour tout ce que je viens de décrire.



